Folkcollection

 Vistemboir   Vistemboir Retour à : Objets non identifiés Objets non identifiés

Hier nous étions encore capables de nommer toutes choses. Aujourd’hui elles nous échappent. C’est l’époque des « machins », des « trucs », des « bazars », des « brandicules » et des... « vistemboirs ».
Vistemboir, vistemboir, vous avez dit vistemboir ?... La première rencontre avec ce mot eut lieu, en 1980, dans l’antre obscur d’une étude de commissaire-priseur, encombrée d’objets hétéroclites et centenaires. Un étrange OTNI (1) était soumis à ma sagacité. Je réfléchissais, ne pouvant me prononcer avec certitude, me posant mille questions et torturant ma mémoire. Examiné, palpé, ausculté, il passait de main en main quand le collectionneur présent déclara d’une voix grave éclairée d’un sourire malicieux : « Je n’irai pas par quatre chemins, ce machin est un vistemboir (2) ». Devinez mon embarras, j’ignorais alors tout de Jacques Perret et de son Machin qui allait devenir mon livre de chevet. Surprise en flagrant délit d’ignorance, je devins donc membre du Club du Vistemboir, association fraternelle de chercheurs désemparés. Et si, comme le dit Baudelaire, « j’aime passionnément le mystère parce que j’ai toujours espoir de le débrouiller » (3), je fus à jamais marquée du sceau de l’humilité. Cet OTNI est resté une énigme. Depuis, ce mot qui échappe à tout dictionnaire, hante ma vie d’expert. Ce mot, ce vocable, partout et toujours me traque et me rattrape. Est-ce un objet en soi ? Comment l’inventorier ? Je voudrais dire, comme l’aveugle de Jacques Perret, « j’ai reconnu un vistemboir, à vous de vous débrouiller avec » ou déclarer, comme l’expert de l’hôtel Drouot cité dans la même nouvelle, « Je ne sais ce que c’est, sauf que c’est un échantillon mineur de l’industrie humaine et probablement occidentale ». J’entends encore une voix me dire « Je vous croyais plus forte que ça et pourtant il n’y a pas à se tromper : c’est un appareil à mesurer la c.....ie. »

(1) OTNI : objet terrestre non identifié. (2) « Vistemboir » : nouvelle de Jacques Perret, Le Machin, NRF, Gallimard, 1953. (3) Baudelaire : Mademoiselle Bistouri.

Que les possesseurs de vistemboir se manifestent !
Vous pouvez enregistrer le vôtre en nous écrivant